CCASMAG N° 38
Confidentiel !
Le décor :
Les plans !!!
Suite au constat, dressé par les représentants du personnel au CHSCT, faisant état d'une dégradation significative des conditions de travail inhérente à la réforme de structure des services de la CCAS, la commission représentative diligentait un audit sur la souffrance au travail. Une démarche somme toute légitime au regard du nombre important d'arrêts de travail, d'états psychotiques, de décompensations psychiques, de troubles anxiogènes (crise de nerfs, crise suicidaire, troubles du sommeil
), et même d'attitudes comportementales physiquement violentes au travail.
Il est donc primordial, ne serait-ce que pour crédibiliser nos récriminations récurrentes en l'espèce, que nous vous restituions cette expertise « risques graves » réalisée à la demande du CHSCT du siège de la CCAS Montreuil, par la société ERETRA (Etudes Recherches sur le Travail) mars 2007.
Rencontre avec l'ensemble des dirigeants, analyse ergonomique à partir de 42 entretiens individuels et observations de l'activité professionnelle.
Le chantier :
La mise en uvre !!!
Soulignons tout d'abord que la CCAS (comme à l'accoutumée) n'a pu répondre que très partiellement aux demandes répétées, faites par le Cabinet d'expertise, concernant l'obtention du bilan social détaillé de 2005, du bilan annuel hygiène et sécurité et le programme de prévention et d'amélioration des conditions de travail de 2003.
La plupart de ces documents étaient incomplets, pas encore réalisés, ou pas soumis à l'approbation du CHSCT (bref la rigueur légendaire CCAS mise à mal une fois de plus !).
Les outils, l'état des lieux, le management !!!
Sur le terrain, constatation troublante vu les moyens financiers, de plus en plus d'agents ne disposeraient pas de matériel adapté pour le portage de charges lourdes ! Les bâtiments seraient également mal adaptés : trop de couloirs, passages par l'extérieur, escaliers
Les temps de trajet pour certains Agents seraient trop importants : 2, 3, et même 5 heures pour se rendre au travail ?
Gestion déshumanisante, management délétère !
La CCAS deviendrait-elle une entreprise comme les autres et ciblerait-elle une politique de résultats (lesquels ?).
Les valeurs de l'organisme ne sembleraient plus d'actualité mais le discours propagande diffusé continue de les porter virtuellement.
Le recrutement de nouveaux Directeurs de filières au profil techniques en lieu et place de « purs produits de la CCAS qui favorisaient l'éthique sociale ».
Un autoritarisme dénoncé traduisant un déni des compétences, avec des attitudes managériales relevant du harcèlement moral.
La parole des salariés, suite aux relevés d'entretiens, illustre bien cette réalité :
« Il n'y a plus de management mais des pantins à la Direction »
« Mon chef de service nie les compétences »
« Mon chef de service monte les individus les uns contre les autres, il favorise les stratégies mises en place par les individus pour pérenniser leur emploi ??? »
« J'ai été maltraitée par mon chef »
« Nous ne sommes pas considérés, les gens ne sont pas écoutés »
« Je m'occupe en partie des tâches d'un chef de service, mais je n'ai pas la rémunération correspondante à cette fonction »
« J'ai un chef de service qui a du mal à travailler en équipe. Il fait ses partenariats avec les organismes, le contrat, la facturation et la signature, sans nous en parler »
A contrario, l'impuissance est l'objet d'incompréhension par les Agents .
« Nous n'avons pas de manager, il est totalement absent. Les chefs de services n'existent plus. Ils ne connaissent pas leur travail, je pose une question, il ne sait pas répondre »
Des rivalités résultant de différences de traitement entre personnes, des passe-droits « à la carte » et des évolutions de carrières « à la tête du client » sont perçues comme incompatibles avec les valeurs de la CCAS.
Des Agents s'estiment sous qualifiés par rapport aux tâches qu'ils ont à effectuer, alors que d'autres sont trop qualifiés par rapport au travail réalisé. « Cette personne est GF 15 alors qu'elle remplit les fonctions d'une secrétaire »
Des agents en jachère de travail partiel ou total, sont hors tableau hiérarchique. Ils occupent des postes virtuels, sont « placardisés », « j'ai un poste, mais je n'ai pas de travail », etc
Manque d'information et de communication :
« Nous ne sommes pas au courant »
« Il faut aller à la pêche aux informations »
« Les orientations sont floues et contradictoires »
« Cela fait trois ans que j'attends des réponses à des projets, malgré plusieurs demandes écrites et orales, je n'ai pas de réponse »
Notons qu'au lieu d'agir sur les problèmes, de prendre des décisions, la Direction Générale laisse « pourrir la situation ».
Enfin, l'incertitude de l'avenir individualise le Personnel, à chacun sa stratégie : exemple prendre une carte CGT en croyant pouvoir préserver son poste, ou encore entretenir des relations de « copinage » avec la Direction.
Difficultés, souffrance au travail !!!
Les dysfonctionnements lourds, constatés dans les différents services, ne sont pas sans conséquence sur le bien être et la santé des Agents du siège de Montreuil.
Ne pas pouvoir faire son travail, avoir le sentiment de le faire mal, ne pas avoir à disposition les moyens de le réaliser, en être dépossédé ou travailler dans l'urgence, sont des freins à « l'émancipation des travailleurs », slogan si chéri à la CCAS !
Les dysfonctionnements évoqués parlent d'eux-mêmes. Une grande part des Agents décrit la difficulté à faire fonctionner l'existant. « Le serveur de bases de données bénéficiaires va lâcher. On le dit, on le crie. La Direction ne dit ni oui, ni non. Elle ne répond pas, silence radio ».
Concernant les relations hiérarchiques, précisons les difficultés constatées :
Ce n'est pas à l'occasion des relations hiérarchiques que les Agents sont malmenés, mais ce sont les relations hiérarchiques qui sont malmenées car l'autorité n'est pas reconnue. Le pouvoir convenu doit être complété par une autorité reconnue sinon toute la pyramide sociale souffre de paranoïa professionnelle généralisée.
Depuis la mise en place des Directions Exécutives, et dans le contexte général de désorganisation, d'attentisme, d'incertitude et de non décision, l'encadrement des services et les cadres intermédiaires sont largement dépossédés de leur travail.
« Les chefs de services n'existent plus. On leur rentre dedans, mais on voit qu'ils n'y sont pour rien. La hiérarchie intermédiaire n'est plus écoutée ».
Différents chefs de services nous ont exprimé, souvent pudiquement, l'écartèlement qu'ils vivent. Trop souvent, le grand écart s'impose. Ils disent aussi souvent renoncer à s'exprimer en réunion avec la Direction, car « ceux qui l'ouvrent, se font taper sur les doigts. On le fait une fois, deux fois, puis on arrête ».
Ainsi, les relations au travail se dégradent amenant parfois à des accusations de harcèlement.
La perte des valeurs !!!
Chez une majorité des Agents interrogés, la question de la pérennité de la CCAS et de ses activités est une préoccupation omniprésente. La non visibilité du devenir, le silence de la Direction sur les attaques faites suite au rapport de la Cour des Comptes ou à l'enquête de la Brigade Financière, interrogent.
« S'ils ne savent pas où on va, ils devraient nous le dire. Nous on peut avoir des idées. On dirait qu'on est en train de saper la CCAS volontairement »
« La CCAS, c'est le Titanic. La musique continue à jouer mais le bateau coule. »
Le désengagement, souvent douloureux, est à la hauteur du sentiment de désillusion et de trahison.
« Les valeurs de la CCAS sont bradées »
« La CCAS est en train de vendre son âme »
Un jeune Agent sourit :
« Avant, c'était très « coco » ici. Aujourd'hui, c'est fini. J'ai pris ma carte à la CGT, mais c'est parce qu'on me l'a conseillé, pour signer mon contrat »
Dernier acte :
Analyse !!!
Nous n'avons rien changé. Juste sorti quelques extraits, en respectant leur contexte, d'un document très complet que vous pouvez vous procurer auprès de votre organisation syndicale ; elles l'ont toutes reçu.
Ce qui nous a le plus frappé dans ce « scanner social », c'est la justesse des propos. La gravité de la situation rejoint tout à fait nos préoccupations et conforte, si besoin était encore, nos prises de positions.
Mais au-delà de ce constat, à la fois très sévère, mais surtout indigne de l'histoire de notre organisme, c'est la réaction de l'organisation syndicale majoritaire qui nous a le plus épatée.
Communiqué de la Section Syndicale UFICT du siège de Montreuil :
Un compte rendu circule au sein du siège de la CCAS. Le document n'a pas encore fait l'objet d'un débat et d'un avis en CHSCT. Encore moins dans les instances syndicales et il était sans doute prématuré qu'il soit porté sur la place publique sans être accompagné de nos intentions auprès de la Direction Générale.
(Le rapport sera d'ailleurs contesté au niveau de la méthode par la Direction Générale et la CGT).
On se croirait chez « POL POT ». Tout doit être contrôlé, validé, mais sur le contenu, rien. On ne s'est pas réuni, il n'y a pas eu de commission, la Fédération n'a pas pris position et voilà que la Secrétaire du CHSCT diffuse le document à ses membres.
Réponse de la Secrétaire du CHSCT :
La décision a été prise par l'ensemble de la délégation du CHSCT et répond à un engagement pris vis-à-vis du Personnel de diffuser le rapport final dès qu'ils en auraient pris possession.
Un rapport d'expertise est un rapport non modifiable et n'a pas à être accompagné par quelque avis que ce soit. Elle conclut en insistant sur la nécessité d'agir pour que ce rapport ne reste pas « lettre morte » et d'indiquer que chaque section syndicale est responsable de ses actions, tout comme le CHSCT est responsable de ses décisions.
C'est ce qu'on appelle une vraie militante, en phase avec ses idées. Beaucoup l'ont compris et les messages de soutien n'ont pas manqué. Des responsables d'organisations syndicales minoritaires n'ont pas hésité à se rallier et à souligner ce comportement courageux qui mérite le respect de tous (sauf évidemment pour les fachos).
Du coup et comme toujours lorsque l'on prône l'omerta, une âme bien intentionnée nous a procuré le document pour que cette fois, « l'affaire » soit réellement portée sur la place publique.
Parce que entre-nous, il y en a marre de ces comportement de petits chefs qui génèrent la souffrance au travail, qui placardisent celles et ceux qui souhaitent s'investir réellement dans le développement de notre Organisme et qui voient leur vie gâchée par des « béni-oui-oui » dont la seule compétence est d'avoir su, le moment venu s'inscrire dans un système ou la politique n'est plus que façade à des déroulements de carrières très personnels.
A tous ces gens, nous voulons dire qu'il est de la plus grande urgence de moderniser à la fois leur discours et leurs comportements, faute de quoi, un de ces jours, leur représentativité aura du mal à atteindre
les 2%.
Pour info :
Dans notre numéro 37, nous vous parlions des difficultés financières rencontrées par AREPOS, filiale de TRIGANO. C'est fait. L'info est passée dans votre CCASINFO, sans toutefois que vous soient indiquées les modalités financières de cette comédie appelée G.I.E. (Groupement d'Intérêts Economiques). Que les plus sceptiques interrogent leurs organisations syndicales respectives et, si parmi vous, ils s'en trouvaient pour obtenir les montants financiers de ces « acoquinements », c'est avec plaisir que nous vous les présenterions ainsi que nos excuses pour avoir penser à un acte d'opacité délibéré de la CCAS.
D'autres bruits alarmant circulent :
Un internaute nous dit détenir de la bouche même d'un militant syndical, l'information de la clôture fin 2007 de la branche restauration méridienne de la CCAS et de sa reprise par le Privé.
Hoax, info ? Cela dit, nous ne serions pas surpris. Déjà, dans les années quatre vingt la CCAS avait tenté d'imposer la société SODEXHO au cur même des villages de toiles. Le boycott des Agents avait eu raison de cette tentative jugée contraire à nos valeurs en rappelant justement à nos dirigeants de l'époque que la restauration était partie intégrante de l'animation.
Maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés :
La négociation nationale en vue d'obtenir un accord en faveur de l'intégration professionnelle des salariés handicapés à la CCAS serait suspendue.
Coïncidence troublante, un salarié de PENLY, reconnu inapte au travail (dossier COTOREP en cours), est traduit en conseil de discipline pour faute grave avec demande de licenciement.
Nous observons malheureusement que ces méthodes expéditives se multiplient et traduisent une incapacité à définir, avec les partenaires sociaux, une réelle politique d'intégration, voire d'adaptation, de toutes celles et ceux dont le « profil » ne correspond pas à un idéal théorique tel qu'imaginé par notre Direction Générale.
Commission Secondaire du 27 mars 2007 : Déclaration CGT
4e déclaration
« Nous attirons votre attention sur le comportement managérial de la Direction de la CCAS vis-à-vis du traitement des dossiers des Agents en réforme de structure. De plus en plus d'Agents se trouvent dans cette situation de par l'évolution des activités sociales.
Le Personnel n'est pas une marchandise, il faut veiller à ne pas leur faire de « fausses vraies propositions » et être attentifs pour éviter des drames humains comme on peut le constater dans d'autres Entreprises.
Sommes nous toujours bien dans un Organisme social, qui se veut un exemple, en tous cas, c'est bien le choix fait par les Agents des Industries Electrique et Gazière dans le mandat donné au Conseil d'Administration. »
Nous suggérons à la Direction Générale de la CCAS, d'envoyer en commission de discipline, pour faute grave, tous ces militants CGT qui osent dénoncer une politique qualifiée par notre Présidente de « bonne gouvernance » et d'accompagner ainsi, les militants de CCASMAG qui les ont précédé pour les mêmes méfaits.
Journée nationale pour les libertés :
Dans son n° 58 d'Energies syndicales, la CGT recense plus de soixante procédures disciplinaires dans le pays. Une majeure partie d'entre elles sont le fait de la Direction d'EGF.
Il faut bien le reconnaître, la plupart des agents visés sont des militants mais ce que ne reconnaît pas le syndicat, c'est que ces procédures sont la résultante d'actions conjointes mises en place par la CCAS et la Direction d'EDF, pour sanctionner celles et ceux qui, dans nos organismes sociaux dérangent, dénoncent et refusent de se soumettre à une politique tant de fois fustigée.
Les Directions ont ensuite la part belle pour mener elles aussi leur basse besogne et il faudra bien qu'un jour, la Fédération majoritaire, comprenne que la branche sociale, dont elle porte la responsabilité de gestion, est en train de la mettre à mal.
Une journée nationale d'action sur les libertés se prépare pour les jours avenirs. Allons tous dans la rue défendre la liberté d'expression au sein de nos Industries, comme au cur de nos Activités Sociales.
Le Président de CCASMAG vous informe :
Le procès qui m'oppose depuis quelques années déjà avec la CCAS vient d'être perdu et j'en assume toutes les conséquences.
Pas de rancur et pas d'états d'âme particuliers. Nous n'avions pas les mêmes moyens et donc pas les mêmes avocats. Ce qui m'attriste le plus, c'est de savoir que cette bataille perdue n'est pas des plus rassurante pour toutes celles et ceux qui, réforme de structure oblige, vont être confrontés au mépris de leurs engagements passés et à la force de frappe conjointe de la maison mère EDF et de la Direction Générale CCAS. A tous je leur dit courage, ne perdez pas espoir, le combat continue.
En attendant de connaître le résultat des investigations du camarade Jean-Marie, tous ensemble, tous ensemble
.. OUI MAIS ???
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